mercredi 19 août 2015

Sturm und Klang





Beethoven, Sonates pour piano
Zoltan Kocsis
CD Philips paru en 1991, rééd. 1994.

Sonate n° 1 en fa mineur, op. 2 n° 1 (1795)
Sonate n° 5 en ut mineur, op. 10 n° 1 (1797 ?)
Sonate n° 8 en ut mineur, op. 13 « Pathétique » (1798)
Sonate n° 17 en ré mineur, op. 31 n° 2 « La Tempête » (1802)



Zoltan Kocsis est avant tout connu pour ses Bartok chez Philips, en plein dans le mille, ou pour un disque extraordinaire de transcriptions de Wagner (dont une Ouverture des Meistersinger réalisée par le pianiste lui-même). Mais c’est autant dans le répertoire classique viennois qu’il s’est imposé tout jeune, dans Mozart en particulier, parallèlement à son compatriote Deszö Ranki, avec qui il a pas mal enregistré chez Hungaroton, et qui est resté plus en retrait, et moins connu aujourd’hui en Europe occidentale (peu de ses disques sont couramment disponibles, il est vrai). Mais si le nom de Kocsis n’est pas ordinairement associé à Beethoven, ce groupe de quatre sonates (j’ignore s’il en a gravé d’autres) illustre un geste impérieux et une éloquence qui naît de la plus grande précision et d’une emprise rythmique qui paraît sans faille.

J’avais acheté ce disque un jour que je cherchais à réécouter la sonate n° 5, que j’avais jouée du temps de ma splendeur, et aussi à réentendre la « Tempête », que je possédais autrefois sur un disque violet de Vladimir Ashkenazy. Le parcours de ces quatre sonates est lui-même éloquent. La toute première sonate de Beethoven, qui fait partie d’un groupe de trois dédiées à Haydn, fait à la fois entendre cette filiation, y compris dans une forme d’étrangeté qui appartient en propre à Haydn et qu’on ne trouve guère dans les œuvres pour piano de Mozart. Le 3e mouvement (Menuetto) évoque irrésistiblement Haydn, avant que le 4e, immédiatement percussif, fasse déferler une musique tumultueuse, qui semble déborder des digues avec un mélange d’ivresse et de rage, et qui porte déjà le caractère du compositeur. D’une clarté de lignes et d’une rigueur de phrasé admirables, le jeu de Kocsis semble faire sortir l’expression de la lisibilité du texte, avec un emportement rythmique qui ne dérange pas la structure. Rigoureux et pénétrant à la fois.

La sonate n° 5, en ut mineur, confirme cette approche à la fois sèche et ardente. Le mouvement lent (Adagio molto) chante sans jamais s’alanguir et sans jamais rien céder sur la netteté rythmique ni sur la posologie du toucher. On peut toujours préférer dans Beethoven une pâte sonore plus onctueuse ou plus riche, un jeu plus « romantique », mais cette rigueur de l’animation fait ici merveille, dans les traits rapides, interrogatifs, ou dans le passage syncopé. L’articulation du jeu ne défait pas la ligne d’ailleurs, et j’ai vraiment le sentiment que cette façon de phraser le chant sans amoindrir la pulsation et son acuité, cruciale chez Bartok, s’épanouit merveilleusement ici. Il n’y a d’ailleurs que trois mouvements dans cette sonate particulièrement dense, et le Prestissimo final est joué de façon souveraine, avec un génie de la trépidation, où la véhémence et même le mystère sont comme la fleur d’une précision ascétique. Rien d’appuyé, rien d’énervé non plus. Économie parfaite, y compris dans l’équilibre des deux mains, et dans le respect des valeurs (pas un accord, pas une note n’est prolongé au-delà de ce qu’indique la partition).

Avec la « Pathétique », on emprunte les chemins balisés du romantisme, ici exalté par le sens dramatique du récitatif et par une virtuosité magistrale et frémissante (les traits ruissellent sans cesser d’être parfaitement articulés), où jamais l’interprète ne semble solliciter le texte. Rigueur encore d’un jeu à la fois dense et cursif, qui rend au premier mouvement sa pointe sèche autant que son ivresse torrentielle, sans jamais faire vrombir le piano. La musique coule, juvénile, éloquente, rythmée comme une sorte de parole supérieure. L’économie des silences, fondamentale ici, est souveraine, subordonnée à une intelligence de la tension. Le « pathétique » est ici conçu dans un mélange d’énergie svelte et de classicisme hautain.

L’Adagio cantabile, de forme rondo, gagne évidemment à être déployé d’une main aussi sûre, aussi maîtresse du tempo et de la ligne : le dépouillement du jeu, l’effacement de la subjectivité (à la limite de la sévérité) donne au morceau une pureté et une évidence rares, loin d’une esthétique de l’épanchement. Ça chante, mais dans un esprit de retenue qui installe encore une tension étonnante. On peut préférer un Beethoven plus ostensiblement lyrique, moins classique en un sens. Le génie rythmique de Kocsis fait merveille dans les miroitements de l’Allegro final, qui ne relâche évidemment rien du contrôle rythmique, jusqu’à une forme de sécheresse qui me séduit beaucoup.




Même netteté du trait, peu encline au clair-obscur, dans l’extraordinaire sonate « La Tempête ». Dans le premier mouvement, si étonnamment contrasté, l’expression repose d’abord sur la rigueur et la lisibilité du dessin et sur la tension d’un phrasé rigoureux. Le climat poétique naît alors du jeu sur les silences et de l’articulation plutôt que des couleurs, qu’on pourra trouver trop crues ici. C’est finalement dans cette sonate, exemplaire de la poésie propre à Beethoven, que l’acuité extrême du jeu de Kocsis ne plaira pas à tout le monde, en particulier dans l’Adagio central. Il suffirait de comparer ici son jeu à celui de Clara Haskil par exemple (Philips, 1955), plus pénétrant, plus immédiatement émouvant, ou à celui d’Emil Gilels (DG, 1981), dont l’ampleur et les couleurs infinies installent une intériorité contemplative et un mystère rare. Kocsis joue plus en noir et blanc, si je puis dire, avec un sens presque clinique du détail, et une façon délibérément rugueuse de détacher ces espèces de râles graves à la main gauche.

Mais l’Allegretto final, ce mouvement perpétuel qui semble tournoyer de façon obsessionnelle sur le même dessin de quatre notes, fait entendre Kocsis extrêmement convaincant, rapide mais tenu, avec une articulation phénoménale, à un tempo absolument stable du début à la fin, là où Haskil introduit des variations d’allure entre les séquences. Et contrairement à Haskil, qui commence ce mouvement dans la suavité intime de la nuance piano, Kocsis choisit d’emblée un ton impérieux, comme une houle qui se brise sans cesse pour renaître aussitôt. Il soutient ainsi toute cette conclusion par la tension entre élan et sur-place qui la caractérise.

La conception est ainsi d’un grand naturel, emportée, animée d’une pulsation vitale (« All' meine Pulse schlagen », comme dit Agathe) autant que supérieurement construite, faisant sonner les martèlements dans l’aigu avec une âpreté contrôlée tout à fait saisissante. Ça avance constamment, mais pour déployer une architecture dont la lisibilité parfaite produit un effet vertigineux. Bref, le vertige par la rigueur des élans — aux antipodes de l’interprétation étonnante de Gilels, qui à un tempo très retenu (7 mn 25, contre 5 mn 48 chez Kocsis) et dans un esprit d’emblée très introverti, réussit le prodige de plier ce perpetuum mobile à une sorte de stase, l’animation liquide des lignes et la patine des couleurs  donnant un sentiment de suspension verticale. L’interprétation de Kocsis, absorbée pour les dernières mesures dans une exténuation magistrale de la nuance, illustre ainsi à merveille le paradoxe que Hartmut Fladt a désigné dans ce mouvement final : « agitation d’un processus inexorable, pour ainsi dire objectivé : le compositeur ne décide plus, n’intervient plus ».




lundi 17 août 2015

Hyacinthe au disque


Louis de Boullogne, Apollon enseignant la lyre à Hyacinthe,
esquisse du tableau pour le Grand Trianon (vers 1688)


Saint Hyacinthe de Cracovie (1185-1257) a sa fête liturgique le 17 août. Prêcheur dominicain, il œuvra énergiquement en Pologne, en Lituanie (dont il est le saint patron depuis 1686), dans les pays scandinaves qu’il contribua à évangéliser. Son lustre très catholique s’est perpétué dans l’adoption de son prénom, le dernier que porte, après Ignace, Marie ou Bonaventure, le Chevalier à la rose dans la pièce de Hofmannsthal.

« D’hyacinthe et d’or / Le monde s’endort / Dans une chaude lumière ». Baudelaire songeait-il à l’association de ces deux couleurs que l’on trouve fréquemment (avec la pourpre) dans l’Exode de l’Ancien Testament pour définir les vêtements sacerdotaux ? Si le nom de la couleur est dans la Bible, le nom propre lui a une origine tout autre.

Euripide le mentionne dans son Hélène et Ovide le rappelle dans ses Métamorphoses, Hyacinthe est cet éphèbe aimé d’Apollon, qui le tue malgré lui (n’oublions jamais les dangers du disque !) : métamorphose en fleur – refrain connu – avec festivités rituelles associées, au printemps, comme pour Adonis : c’est le jour des Hyacinthies à Sparte qu’évoque le début des Chansons de Bilitis de Debussy. Que la mort fabuleuse d’Hyacinthe ait pu fournir une allégorie initiatique du passage à l’âge adulte dans des sociétés grecques qui instituaient le couple formé par l’éraste et l’éromène, cela rend d’autant plus admirable l’ingéniosité des éducateurs catholiques du XVIIIe siècle pour intégrer le sujet d’Apollon et Hyacinthe à leur pratique pédagogique du spectacle.  

L’exemple est fameux de l’Apollo et Hyacinthus K. 38, composé par Mozart à Salzbourg en 1767, son premier ouvrage dramatique véritable (Le Devoir du premier Commandement, contemporain, est un oratorio à allégories, notablement plus figé, dont Mozart n’a du reste mis en musique qu’une partie). Ce petit opéra latin sur des vers du Père Rufinus Widl était destiné à être interprété à la fin de l’année scolaire par des élèves du lycée dépendant de l’Université de Salzbourg, confiée aux Bénédictins. À l’exception du roi Œbalus, père d’Hyacinthe, écrit pour ténor, les autres rôles reviennent à un soprano (Hyacinthe, Melia sa sœur) ou à une voix d’alto (Apollon, Zéphyr). Le livret se découpe en un Prologus et deux Chorus, soit trois actes, chacun devant être donné comme intermède au cours de la représentation d’une tragédie néo-latine sur la clémence royale, Clementia Croesi, due au même bénédictin. Où l’on retrouve le principe d’entrelacement d’une pièce simplement déclamée et d’une pièce à chanter, bien attesté dans la tradition scolaire des jésuites – David & Jonathas de Charpentier obéissait primitivement à un cadre analogue.


Nicolas-René Jollain, Apollon & Hyacinthe (1769),
dessus de porte pour le Petit Trianon


La substance homosexuelle de la fable est occultée, en l’occurrence, par l’invention de Melia (personnage bien sûr créé par un soprano garçon, assez virtuose d’ailleurs) qui devient l’objet du désir d’Apollon, lequel est repoussé avec horreur par la jeune fille quand elle croit le dieu responsable de la mort d’Hyacinthe, en fait causée par la jalousie de Zéphyr : « C’est le barbare Zéphyr qui dans sa colère a dirigé le disque contre le jeune homme. Tout cela lui paraît un jeu, et il rit du lieu élevé d’où il observe. Tu le reconnais, je pense, aux ailes de ses tempes, à son air efféminé, sa couronne tressée de toutes les fleurs auxquelles il mêlera bientôt l’hyacinthe. »
(Philostrate de Lemnos, Les Images, « Hyacinthos », trad. A. Bougot)

La conséquence heureuse de ces aménagements réside dans deux duos : l’un emporté entre Melia et Apollon, l’autre, à la fois funèbre et aérien, qui réunit longuement le père et la sœur après la mort du jeune homme – un chef-d’œuvre, dont l’inter-prétation par Anthony Rolfe-Johnson et Arleen Auger demeure inégalée.





Presque deux siècles plus tard, c’est Hans Werner Henze qui s’est inspiré de l’ancien mythe, de façon allusive, dans son Apollo & Hyazinthus (1948), quart d’heure composé pour petit ensemble de chambre (neuf instruments, dont un clavecin) et voix d’alto (Anna Reynolds dans l’enregistrement dirigé par le compositeur : voir ci-dessous). La voix n’intervient en fait que dans les dernières minutes pour chanter des vers du poète expressionniste Georg Trakl, sans rapport avec la légende érotique, sinon la présence funéraire des dieux ou des ancêtres dans un parc automnal. Henze s’entend à entretenir tension et mystère dans ce qui apparaît moins comme une musique narrative que comme une méditation sur ce qui se défait, même fixé dans le marbre… et peut-être aussi comme une allégorie supplémentaire de ce lien à l’antiquité perdue qui occupe si fortement la civilisation allemande.


Im Park
Wieder wandelnd im alten Park,
O ! Stille gelb und roter Blumen.
Ihr auch trauert, ihr sanften Götter,
Und das herbstliche Gold der Ulme.
Reglos ragt am bläulichen Weiher
Das Rohr, verstummt am Abend die Drossel.
O ! dann neige auch du die Stirne
Vor der Ahnen verfallenem Marmor.

Dans le parc
Marchant de nouveau dans le vieux parc,
Ô ! silence des fleurs jaunes et rouges.
Vous vous affligez aussi, dieux très doux,
Et l’or d’automne de l’orme.
Sans mouvement s’élève, contre l’étang bleuâtre,
Le roseau, dans le soir se tait la grive.
Ô ! toi aussi, incline alors ton front
Devant le marbre délabré des aïeux.
Traduction Knut Talpa







dimanche 16 août 2015

Janet Baker (3) : « a sort of gravitas »






Long entretien de Janet Baker avec Norbert Meyn au Royal College of Music



Dame Janet y revient sur ses années de formation, notamment sur le rôle capital joué par sa rencontre avec Helen Isepp (qui fut aussi le professeur de Heather Harper) et avec le milieu d'émigrés allemands ou autrichiens autour de celle-ci. Ce faisant, les propos de Baker sur l'art du chant sont aussi très techniques, tout en conduisant à ce beau paradoxe : « We are not creative people ». Elle évoque également ses années à Glyndebourne, plus fugacement la personnalité de Britten, dont elle avait déjà parlé avec force ici




samedi 15 août 2015

Marteler et ravir





On a longtemps cru que la Messe en ut majeur Hob. XXII-5 de Joseph Haydn avait été écrite pour une confrérie viennoise afin de célébrer la fête de sainte Cécile lors d’une exécution à la cathédrale Saint-Étienne ; d’où le titre de Missa Sanctae Caecilae (Cäcilien-Messe) que portent les enregistrements d’Eugen Jochum (1958, DG) ou de Rafael Kubelik (live 1982, Orfeo). Un autographe conservé à Bucarest a permis de restituer à cette Messe sa destination et sa date exactes : c’est en 1766 que Haydn l’a composée en l’honneur de la Vierge pour le célèbre sanctuaire de Mariazell en Styrie, d’où le titre de Missa Cellensis, déjà porté par une messe ultérieure de 1782, avec son Kyrie qui semble émerger doucement de l’obscurité. 

Adieu sainte Cécile, place donc à une Missa in honorem Beatissimae Virginis Mariae, comme son homonyme de 1768-1769 que l’importance de ses solos d’orgue a fait désigner comme Grande Messe avec orgue. Contrairement à la tradition parallèle de la missa brevis, mais aussi aux grandes messes tardives de Haydn, qui traiteront davantage le Gloria et le Credo comme de vastes séquences continues, cette messe de 1766 sacrifie à la forme dite de la messe-cantate, qui segmente chaque étape liturgique en numéros distincts. Il en va ainsi de la Grande Messe en ut mineur de Mozart, et dans les deux cas le Gloria se divise traditionnellement en sept sections, le soprano solo assurant la jubilation du « Laudamus te ». Achevée, elle, la messe de Haydn se développe sur une durée de 70 minutes environ, avec une disparité interne qui étend le seul Gloria à une trentaine de minutes, ce qui a fait supposer une volonté du compositeur de mettre l’accent sur l’action de grâces.

Pourtant, c’est le Credo qui m’a toujours paru la séquence la plus captivante, un sommet de la musique de Haydn vraiment. Plusieurs phénomènes d’ailleurs sont employés à compenser la segmentation de cette profession de foi ritualisée. Haydn opte en fait pour une tripartition (Vivace, Largo, Allegro) isolant un centre particulièrement expressif réservé aux solistes où s’enchaînent, par une admirable transition orchestrale, les sections « Et incarnatus est » (le ténor déclame d’abord ce qui se constitue ensuite en une aria dont la dignité égale la dévotion) et « Crucifixus » (duo de l’alto et de la basse, sombre mais moins dramatique que plein de majesté) : cette partie centrale occupe à peu près la moitié du Credo (8 minutes sur 17 dans la version Kubelik). Le chœur, sa ferveur, sa masse, sont cantonnés en amont et en aval, mais c’est aussi le cas, plus curieusement, du soprano solo, privé d’air autonome.

Car la voix de soprano doit ici se contenter de chanter le premier verset « Credo in unum Deum » à l’imitation du chœur qui l’entonne le premier, puis à revenir régulièrement dans le Vivace pour vocaliser le seul mot Credo en ponctuation obstinée aux articles de foi déroulés par la collectivité. Plus surprenant encore, le soprano réapparaît dans l’Allegro final, où seul le ténor solo alterne avec le chœur – au ténor sont confiés l’invocation du Saint-Esprit (« Et in Spiritum Sanctum ») puis de l’Église (« Et in unam sanctam catholicam / Et apostolicam Ecclesiam »). Le mot Ecclesiam est à peine prononcé que resurgit, en une broderie exquise, tenace, le « Credo » exalté du soprano, avant que le chœur reprenne la parole pour les derniers versets (« Confiteor unum baptisma etc. »). De la sorte, Haydn veut manifestement opérer un bouclage interne au Credo, ce qui revenait dans une certaine mesure à installer une unité organique en dépit de la juxtaposition des trois mouvements. Ce faisant, il aura mis aussi l’accent sur la foi dans l’unité de l’Église.

Le musicologue y verra peut-être un « progrès » vers la conception puissamment unitaire des mouvements dans les grandes messes ultérieures (de la Messe de saint Bernard d’Offida en 1796 jusqu’à la Harmoniemesse de 1802), qui obéissent à une écriture plus ouvertement symphonique. Mais enfin l’important n’est-il pas d’abord que tout le Credo roule sur le dogme de l’unité, nonobstant la trinité ? Credo in unum Deum – in unum Dominum – in unam Ecclesiamconfiteor unum baptisma. L’Un, c’est-à-dire le Même : Deum verum de Deo vero. Une des beautés de ces versets liturgiques, où se rejoignent le doctrinal et l’esthétique, réside dans l’emprise constante des réitérations, magnifiée par la densité et les échos sonores de la langue latine. À croire que la foi avait besoin du latin, ou s’en aidait. Il est d’ailleurs très frappant d’entendre comment Haydn, dans un style sensiblement différent de ce que pratique Mozart, met en relief, ou plutôt à nu, les mots les plus simples mais aussi les plus chargés de sens dans la bouche du chœur.

Dans ce Credo, il s’agit du monosyllabe non, autre façon d’amplifier le geste énergique de la profession. « Genitum, non factum, non », « Cujus regni non erit finis, non, non » : oui, le Christ est né d’une femme (et non pas créé), et non, son règne n’aura pas de fin. De ces répétitions ajoutées par Haydn – de ces stries, devrait-on dire –  on aurait un autre exemple dans la scansion détachée et réitérée du pronom personnel te dans le Gloria de la merveilleuse Theresienmesse : « Laudamus… te, glorificamus… te, adoramus… te, benedicimus… te ». Scansion exprimant le sens le plus plein du texte : le chœur ne dit pas simplement « Nous te louons, nous te glorifions, nous t’adorons, nous te bénissons », mais il proclame « Toi nous te louons, toi nous te glorifions, toi nous t’adorons, toi nous te bénissons ». Parce que c’est toi, parce que c’est nous.  

Réitérations verbales, timpanisations vocales, qui désignent l’identité derrière la succession des articles de foi ; mais aussi constance immuable dans l’affirmation (lyrique et liturgique), celle de l’unicité d’une Église qui tire sa force du culte de la continuité. C’est là, comme on sait, un point capital dans l’opposition au protestantisme : l’Église catholique se veut universelle, dans le temps comme dans l’espace, pour autant qu’elle perpétue sans solution de continuité historique une Tradition. Cela, la fin du Credo le souligne : ce qui anime l’Église en ce jour, le corps actuel de l’Église dont le Christ est le chef, c’est cet Esprit qui déjà parlait par les Prophètes. Justement, ce qui unifie les versets de cet Allegro de Haydn, à partir de l’évocation de la Résurrection du Christ (« Et resurrexit ») jusqu’à la résurrection de toute chair (« Et exspecto resurrectionem mortuorum »), c’est l’affirmation simultanée de la perpétuité de la foi et de l’Église catholique, dans la célébration de l’Esprit de la vie qui a vaincu la Mort, c’est-à-dire qui aspire en quelque sorte le temps humain dans l’éternité. Le dynamisme de cet Allegro dévot a ceci de particulier qu’il a pour mission d’incarner à la fois un jaillissement irrésistible, spirituel mais aussi vital, et l’immutabilité du temps divin, celui de la Toute-Permanence. Sous un certain aspect, la musique doit dire le triomphe euphorique de l’éternité, persuader de sa promesse, et sous un autre elle est appelée à faire sentir une pulsation inépuisable, portée vers l’avant. Perpetuum mobile – in aeternum.

Or, en cinq minutes de l’Allegro, Haydn organise en un ruissellement formidable cette vie promise par le règne du Christ et qui – c’est un article de foi – « n’aura pas de fin ». Non erit finis. Et d’un même mouvement il s’agit bien de dire la perpétuité de l’Église, figure terrestre de ce règne à venir, de cette vie d’un monde à venir : « et vitam venturi saeculi ». Le texte proclame la sortie hors de l’Histoire (« Et iterum venturus est cum gloria ») ; son horizon est la mort promise du Temps, et pourtant la musique procède de la durée, de ses battements que rien n’entrave. Là est sans doute le secret pour mimer en cinq pauvres minutes ce qui n’a pas de fin. Le musicien installe ce flux vocal et orchestral sur une pulsation implacable et pourtant fluide comme la rivière. Cette musique tient à la fois de la course imperturbable et de la suspension en vol, à la fois sur terre et en l’air. Haydn élève là comme une montagne imaginaire, dont on ne saurait dire si elle avance vers nous ou si elle est immobile. L’énergie propre à la musique représente celle d’une foi qui pour parler ce langage ensorcelant n’en est pas moins conquérante, qui ne doit rencontrer aucune résistance. La conclusion fuguée qui conduit à l’Amen, itérative jusqu’à la transe, tient autant de la fantasmagorie que de l’architecture.

C’est aussi là qu’on pourrait considérer l’imaginaire militant de la Réforme catholique, celui d’une Église expansive, toujours en marche, généreuse et captivante, toujours au bord de succomber à la tentation d’être une nouvelle Armide, dont les prestiges voltigeants masquent la volonté de domination, écrasante. On songe alors, malgré l’anachronisme, un célèbre sermon de Bossuet en 1682, dont le sujet est l’unité de l’Église personnifiée et le « puissant attrait de son unité » :

« Dans l’horreur de cette vaste solitude, on la voit environnée d’ennemis, ne marchant jamais qu’en bataille, ne logeant que sous des tentes, toujours prête à déloger et à combattre, étrangère que rien n’attache, que rien ne contente, qui regarde tout en passant sans jamais vouloir s’arrêter ; heureuse néanmoins dans cet état, tant à cause des consolations qu’elle reçoit durant le voyage qu’à cause du glorieux et immuable repos qui sera la fin de sa course.
[…] La comprenez-vous maintenant, cette immortelle beauté de l’Église catholique, où se ramasse ce que tous les lieux, ce que tous les siècles présents, passés et futurs ont de beau et de glorieux ? Que vous êtes belle dans cette union, ô Église catholique ; mais en même temps que vous êtes forte ! Belle, dit le saint Cantique, et agréable comme Jérusalem, et en même temps terrible comme une armée rangée en bataille ; belle comme Jérusalem, où l’on voit une sainte uniformité et une police admirable sous un même chef ; belle assurément dans votre paix, lorsque, recueillie dans vos murailles, vous louez celui qui vous a choisie, annonçant ses vérités à ses fidèles. Mais si les scandales s’élèvent, si les ennemis de Dieu osent l’attaquer par leurs blasphèmes, vous sortez de vos murailles, ô Jérusalem, et vous vous formez en armée pour les combattre, toujours belle en cet état, car votre beauté ne vous quitte pas, mais tout à coup devenue terrible. car une armée qui paraît si belle dans une revue, combien est-elle terrible quand on voit tous les arcs bandés et toutes les piques hérissées contre soi ? Que vous êtes donc terrible, ô Église sainte, lorsque vous marchez, Pierre à votre tête et la chaire de l’unité vous unissant toute ; abattant les têtes superbes et toute hauteur qui s’élève contre la science de Dieu ; pressant ses ennemis de tout le poids de vos bataillons serrés ; les accablant tout ensemble et de toute l’autorité des siècles passés et de toute l’exécration des siècles futurs ; dissipant les hérésies et les étouffant quelquefois dans leur naissance ; prenant les petits de Babylone et les hérésies naissantes, et les brisant contre votre pierre ; Jésus-Christ, votre chef, vous mouvant d’en haut et vous unissant, mais vous mouvant et vous unissant […] par un chef qui le représente, qui vous fasse en tout agir toute entière et rassemble toutes vos forces dans une seule action ! »

Le contexte des années 1680, en pleine crise de l’Église gallicane et à la veille de la Révocation de l’Édit de Nantes, déterminait un tel discours, mais il prête forme à un imaginaire catholique plus général et qui n’était sans doute pas étranger à l’Autriche des Habsbourg. Puissance et beauté de l’unité, mais aussi beauté de la masse offensive. Je n’entends jamais la conclusion fuguée du Credo de Haydn sans associer à la dilatation de cette musique qui professe la promesse (« Et vitam venturi saeculi, amen », circulant entre les pupitres du chœur, est proclamé au moins vingt-cinq fois) cette image resplendissante d’une Église qui serait puissance et masse, mais encore, simultanément, volutes et envol. Cette course immobile dans l’éternité est aussi, comme le disait Napoléon de l’oratorio La Création, un immense triomphe de l’ordre. Art classique ? Baroque tardif ? Quelque chose d’autre ? Le vertigineux dans l’affaire est que cette construction musicale, où la foi déplace moins les montagnes qu’elle ne les dresse à plaisir, est une machine à ravir en répétant du déjà dit.

Les deux versions que je connais sont toutes deux originaires de Bavière, avec le chœur et l’orchestre de la Radio bavaroise, à vingt-cinq ans de distance. La version de Jochum est assez décevante, et sa réédition dans un double CD vaut plutôt pour la Missa in tempore belli merveilleusement conduite par Kubelik en 1963. La direction de Jochum est très verticale, parfois lourde au détriment de la mobilité, avec des chœurs trop épais, trop vibrants, raboteux parfois. Les solistes déçoivent aussi : Maria Stader est plus raide que de raison, Marga Höffgen trémule étrangement, mais l’autorité sèche de Josef Greindl impressionne, et surtout Richard Holm, ténor munichois qui s’illustra dans La Création avec Markevitch, Seefried et Borg, réussit à être à la fois délicat et inspiré, constamment poétique et jamais uniforme, plus intéressant à mon sens que Horst Laubenthal, un peu inerte dans l’enregistrement de Kubelik. 

Cette interprétation de Rafael Kubelik a été captée sur le vif le 4 juillet 1982 à la basilique baroque d’Ottobeuren. La prise de son rend admirablement la qualité de résonance dans l’église, sans noyer les lignes. Il en existe également un enregistrement vidéo, publié en dvd. Le Credo intégral est disponible en vidéo ici, avec les limites sonores et visuelles de ce type de transfert. Par exemple, la magnitude dynamique que Kubelik obtient du chœur et de l’orchestre dans les ultimes réitérations du texte, et ce sans sacrifier la netteté ni le rebond de la pulsation, n’est plus du tout perceptible, alors que l’écoute du disque Orfeo donne la sensation d’une puissance expansive capable d’élargir l’espace du sanctuaire aux dimensions du monde. Préparé par Heinz Mende, le chœur est nombreux et très coloré, et si l’usage prévaut aujourd’hui d’effectifs plus resserrés et d’un vibrato moins généreux, la maîtrise musicale n’en demeure pas moins extraordinaire, jusqu’au soin apporté aux trilles. (Et reconnaissez-vous, au premier rang des sopranos, la jeune Françoise Pollet, alors membre du chœur munichois ?)

Grave dans son maintien, Lucia Popp confirme, par un mélange de tension expressive et de plasticité dont elle avait le secret, sa vocation à servir cette musique (elle a aussi enregistré la Theresienmesse avec Bernstein). Kurt Moll n’échappe pas à un excès de faste vocal, et peut-être d’emphase, mais enfin quand on a ces sonorités d’orgue… Plus connue pour ses compositions théâtrales impérieuses, Doris Soffel dispose d’un grain de voix inimitable, indemne de l’onction un peu grasse de tant d’altos d’oratorio, et surprend par les finesses dont elle gratifie l’intensité de ses interventions. Tout repose en fait sur le geste du chef, qui équilibre comme peu le font la pulsation et la grandeur, l’accent et la continuité architecturale. Avec des tempos un peu plus vifs mais surtout mieux portés et articulés que Jochum, Kubelik veille à la pulsation, à une certaine légèreté de la matière sonore, mais excelle à cultiver en même temps un effet de masse essentiel à ce Credo (sans doute aussi aux dimensions imposantes de la basilique) et une majesté d’ensemble qu’un excès d’élan peut faire manquer : il me semble que Minkowski n’a pas évité ce travers dans son interprétation, et il y manque cette respiration naturelle qui rayonne chez Kubelik, dont du reste l’économie du geste rappelle l’art des anciens maîtres. Autant ses enregistrements des deux grands oratorios de Haydn peuvent laisser mitigé, autant ici un accomplissement me paraît atteint.  



jeudi 13 août 2015

Fin de partie





C’est au second acte de La Dame de pique de Tchaïkovski. Il a commencé avec la fête aristocratique dans un palais pétersbourgeois, au cours de laquelle est représentée une pastorale rococo pour laquelle le compositeur pastiche Mozart, et à l’issue de laquelle Catherine II en personne fait une entrée soudaine. Mais c’est aussi à l’occasion de cette fête que Lisa a donné la clé de sa chambre à Hermann, qui n’a en tête que d’arracher à la Comtesse, grand-mère de Lisa, le secret des trois cartes toujours gagnantes dont autrefois à Paris le comte de Saint-Germain l’aurait faite dépositaire.

Le second tableau nous introduit dans les appartements privés de la Comtesse, où Hermann s’est déjà tapi. Rentrée de la fête, la vieille femme acariâtre a été préparée pour la nuit par ses femmes, qui la flattent servilement. Elle les rudoie, occupée à exhaler un mépris amer pour un divertissement aristocratique dépourvu du grand goût qu’elle a connu à Paris autrefois. Ainsi faisait Madame Du Deffand.

Les vieilles personnes aiment à vanter le temps de leur jeunesse, mais ici l’évocation nostalgique glisse vers le monologue : la Comtesse oublie qu’elle n’est pas seule, s’abîmant dans son rêve d’Ancien Régime, jusqu’à coïncider avec la « Vénus moscovite » qu’elle fut. Elle chante de nouveau, pour elle-même, un air de Grétry, comme si franchissant les barrières du temps elle avait de nouveau le roi et la fleur de la cour pour public.


La Comtesse.
Baissez votre caquet ! Vous m’avez fatiguée !
Je suis lasse, je n’ai plus de forces…
Je ne veux pas dormir dans mon lit !

Ah, que je hais ces gens !
Quelle époque !
On ne sait plus se divertir convenablement.
Ces manières !… ce ton !…
J’étais accablée rien qu’à les regarder…
Ils ne savent ni danser ni chanter !
Qui donc dansait ? Qui chantait ?
Des novices !
Et autrefois, qui étaient les danseurs ? les chanteurs ?
Le duc d’Orléans, le duc d’Ayen,
le duc de Coigny,
la comtesse d’Estrades,
la duchesse de Brancas…
Quels noms !
Et de temps en temps, c’était, en personne,
la marquise de Pompadour !
Je chantais en leur présence…
et le duc de La Vallière me félicitait !
Une fois, je me souviens, à Chantilly, chez le prince de Condé,
c’est même le roi qui m’écoutait !
Je revois tout cela comme alors…

 « Je crains de lui parler la nuit,
 « J’écoute trop tout ce qu’il dit…
 « Il me dit: Je vous aime,
 « Et je sens malgré moi,
 « Je sens mon cœur qui bat, qui bat,
 « Je ne sais pas pourquoi !
 « Il me dit : Je vous aime,
 « Et je sens malgré moi,
 « Je sens mon cœur qui bat, qui bat,
 « Je ne sais pas pourquoi !

(Jetant les yeux autour d’elle, comme si elle se réveillait)

Que faites-vous là ? Partez !

(Les femmes de chambre et les suivantes s’éloignent sur la pointe des pieds. 
La Comtesse cède au sommeil, elle chante en s’endormant)

« Je crains de lui parler la nuit,
« J’écoute trop tout ce qu’il dit…
« Il me dit: Je vous aime,
« Et je sens malgré moi,
« Je sens mon cœur qui bat, qui bat…
« Je ne sais pas pourquoi…


La scène fonctionne évidemment comme pendant de la pastorale du premier tableau. Après le divertissement superficiel et assez extérieur, réduit aux manières du rococo et pastiché comme tel par le compositeur, offert à un public mondain et nombreux, voilà bien une scène d’intimité où le XVIIIe siècle fantasmé, sur un mode élégiaque cette fois, s’incorpore aux profondeurs affectives d’un personnage qui n’a plus qu’un public de fantômes, de présences invisibles dont Hermann tapi dans l’ombre fait objectivement partie autant que les spectateurs dans la salle.

La romance de Grétry devient ainsi l’équivalent d’une déploration funèbre, à la fois sur la jeunesse brillante et galante de la Comtesse et sur l’Ancien Régime. La musique, datant de 1784, est donc anachronique (la Comtesse évoque Louis XV et la Pompadour), mais les paroles et la simplicité pénétrante de l’air conviennent admirablement à la situation théâtrale, d’autant que la nostalgie n’est jamais mieux activée que par les airs d’écriture « naïve ». Le coup de génie de Tchaïkovski est d’avoir ici repris un air fameux, mais remodelé dans ce nouveau contexte de manière à en faire un morceau nocturne, lent, mystérieux, presque liturgique, où affleurent les profondeurs d’un personnage antipathique et aussi la prémonition de sa mort : ce cœur qui bat va s’arrêter dans quelques minutes, cédant à la terreur provoquée par Herman. Comme si la Comtesse ordonnait inconsciemment sa propre veillée funèbre.






Martha Mödl avait exactement 80 ans lorsqu’elle chanta le rôle à l’Opéra de Vienne en 1992 dans une mise en scène de Kurt Horres, sous la direction de Seiji Ozawa. Elle fêtait pour lors ses 50 ans de carrière, modestement commencée à Remscheid, et cela faisait au moins 20 ans qu’elle s’était tournée vers des emplois de mezzo-soprano. On souhaite certes à bien des cantatrices finissantes de chanter le rôle avec cette consistance vocale, nonobstant quelques fléchissements de la justesse, mais qui, même parmi les tragédiennes, atteindrait cette puissance théâtrale ? La Comtesse de Mödl a quelque chose d’inhumain, elle ressemble à une momie, avec un visage de reptile ou un faciès presque simiesque (ces pommettes hautes héritées de l’ascendance slave de son père), mais elle est aussi enfantine, submergée d’une juvénilité intacte au cours de l’évocation nostalgique. Ce sourire est fascinant (ce n’était pas la chose la moins extraordinaire chez Martha Mödl), d’autant que l’actrice est d’une économie sidérante. La parure de nuit ajoute encore à l’impression de voir trôner un corps prêt à être mis au cercueil dans son linceul brodé. Et ce jeu immobile, quand prise d’un retour de coquetterie en chantant, elle saisit son miroir pour s’y contempler… et le range lentement.


Lorsque j’écrivais ces lignes il y a plusieurs années, je me demandais qui pourrait rivaliser avec Martha Mödl dans cette scène, en consistance, en économie. Eh bien, la réponse, j’aurais dû m’en douter, a un nom : Felicity Palmer… et encore il y a quelques semaines, en juin, je ne sais où, c’est en anglais. D’une discipline vocale et stylistique à la hauteur du legs de cette artiste hors pair, et surtout sans un accessoire, mais en faisant participer tout le corps : l’incarnation est obsédante, avec l’évidence d’un personnage composé de façon pourtant très personnelle, sans une scorie qui sentirait l’à-peu-près ou le numéro de vieille gloire ravagée. 

Révérence.